Affiches de film : pourquoi se ressemblent-elles toutes ?


Vous passez devant votre salle de cinéma préférée et vous avez la curieuse impression que les affiches de film sont toujours les mêmes. Pourtant, d’après la dernière critique cinématographique que vous avez entendue à la radio, la saison offre plein de nouveautés.

Comment cela se fait-il ? Probablement parce que les affiches qui annoncent la programmation de ces nouveautés ont un air de déjà-vu bien marqué.

Le fait est que d’un film à l’autre, les affiches de cinéma ont réellement tendance à se ressembler, dès lors que le script parle de la même chose, reprend les mêmes ficelles. Difficile d’échapper aux codes de communication dans ce domaine. Le rose colle bien aux romances et le bleu-nuit aux thrillers, par exemple.

Cependant, même si la loi autorise les graphistes à s’inspirer librement des œuvres graphiques préexistantes, il arrive que des accusations de plagiat finissent par aboutir à des réparations judiciaires ou par générer des polémiques qui peuvent être contre-productives en termes d’image.

 

Des affiches de film nombreuses, mais un nombre limité de codes de communication

C’est bien là le problème. L’industrie cinématographique produit sans cesse de nouveaux films, mais par la force des choses, d’un film à l’autre, les thématiques et les intrigues se ressemblent.

Comme on a pu le dire en littérature, Homère a tout écrit et depuis, les auteurs ne font que réécrire des variantes et des adaptations des mêmes histoires.

Il en est de même pour les films. Or, les affiches de film ont pour but d’attirer l’attention des spectateurs sur une nouvelle production et de leur faire comprendre, en très peu de temps, de quoi il s’agit.

 

Une affiche de film avec un air de déja vu
Une affiche de film avec un air de déja vu ?

Il n’est donc pas étonnant qu’elles puissent avoir tellement un air de déjà-vu. En effet, les codes de communication à la disposition des graphistes sont en nombre limité.

Pour répondre à l’attente des sociétés de distribution de films, les graphistes vont jouer, entre autres, avec :

  • Les couleurs.
  • La disposition des personnages.
  • La typographie.
  • Les illustrations.
  • Et le grain du papier utilisé. 

Dans ces conditions, des films qui parlent de nature et de grands espaces comme, par exemple, : le grand bleu, la marche de l’empereur ou Himalaya ; ont, sans surprise, des affiches qui se ressemblent. Même mise en page et même fond bleu.

affiche de film similaire fond bleu
Quelques affiches de film qui utilisent les mêmes codes sur fond bleu

 

Des sources d’inspiration identiques pour la plupart des affiches de film

Les idées n’appartiennent à personne.  Surtout, si elles sont comparables. Une création ne naît pas du néant.

Elle est le résultat d’une immersion dans tout un monde d’idées et d’images. Et naturellement, un créateur en phase de création s’immerge dans un univers proche de celui qu’il cherche à créer. Voltaire disait, à juste titre :

L’originalité n’est rien qu’une judicieuse imitation.

On trouve donc beaucoup d’affiches semblables à celles qui les ont précédées, suivant le thème du nouveau film. Ainsi, par exemple, l’affiche du film D’Artagnan rappelle celle de Harry Potter.

On y voit un homme solitaire, de dos, portant une arme, dans une ambiance bleue nuit. Le thème est celui du héros se battant seul, ou presque, contre les forces du mal. S’y ajoute sans doute, la volonté de capter un peu du succès du premier film, par le biais de son affiche, dont s’inspire le second.

affiche de film identique
affiche de film identique avec silhouette

Cependant, l’inspiration a ses limites. Quand elle devient copie, presque conforme, difficile de ne pas crier au plagiat ou au parasitage scandaleux d’une œuvre originale.

Encore faut-il, bien évidemment, que l’originalité de l’œuvre copiée soit bien au rendez-vous. Car elle-même n’est au fond, comme l’a souligné Voltaire, qu’une imitation judicieuse. Il n’en reste pas moins qu’une fois ces limites franchies, on entre dans le domaine de la polémique et du contentieux.

 

Plagiat et réparation judiciaire

Une reproduction quasi à l’identique d’une œuvre originale peut donner lieu à réparation judiciaire. Le site web du dictionnaire Larousse définit le plagiat comme étant :

l’acte de quelqu’un qui, dans le domaine artistique ou littéraire, donne pour sien ce qu’il a pris à l’œuvre d’un autre.

Notons au passage qu’une reproduction « sourcée », c’est-à-dire affichant le nom de son vrai auteur, qu’il s’agisse d’une citation ou d’une photographie, par exemple, n’est pas considérée comme un plagiat. A condition, tout de même, de ne pas dépasser une certaine proportion de l’œuvre citée. Trop de citations d’une même œuvre renvoie au plagiat.

affiche de film identique avec oeil
Affiche de film identique avec oeil.

Toutefois, d’un point de vue juridique, curieusement, le plagiat n’existe pas. Pour faire valoir ses droits, l’artiste qui s’estime indûment copié doit démontrer que l’œuvre contestée est une contrefaçon de ce qu’il a lui-même produit de manière originale. L’article L 335-2 du code de la propriété intellectuelle est sans ambiguïté :

Toute édition d’écrits, de composition musicale, de dessin, de peinture ou de toute autre production, imprimée ou gravée en entier ou en partie, au mépris des lois et règlements relatifs à la propriété des auteurs, est une contrefaçon et toute contrefaçon est un délit.

 

La photo Dolce et Gabbana

C’est sur ce fondement que les ayant-droits du photographe Jean-Louis Sieff ont attaqué la société Dolce et Gabbana et obtenu gain de cause par un arrêt de la Cour d’appel de Paris, datant de 2012. Le litige portait sur l’imitation par la société Dolce et Gabbana d’une célèbre photographie d’Yves Saint-Laurent posant nu pour la promotion d’une de ses eaux de toilette.

Yves-Saint Laurent © Jean-Louis SIEFF, 1971
Yves-Saint Laurent © Jean-Louis SIEFF, 1971
D & G – Photographe non précisé dans l’arrêt
© D & G – Photographe non précisé dans l’arrêt

Quoique la photo du mannequin posant pour Dolce et Gabbana n’ait aucune ressemblance avec Yves Saint-Laurent, la Cour d’appel de Paris a quand même jugé qu’il s’agissait d’une contrefaçon et, en conséquence, condamné la société Dolce et Gabbana à payer des réparations pécuniaires aux héritiers de Jean-Louis Sieff.

 

Polémiques autour d’affiches de film

Des affaires comme celle précédemment décrite sont, somme toute, assez rares. D’autant qu’en l’occurrence, celle-ci a été précédée d’une action en référé, qui faute de donner droit aux demandes des héritiers du photographe Jean-Louis Sieff, a fait ensuite l’objet d’un recours devant la Cour d’appel de Paris.

D’autres affaires comme celle qui a opposé le graphiste indépendant, Hachim Bahous, à la société BLT communications, travaillant pour le compte des studios Disney, sont plus fréquentes.

 

Les affiches du film « Solo »

Lors de la sortie en 2018 du film « Solo », racontant une histoire dérivée de Star Wars, produit par les studios Disney et Lucasfilm, Hachim Bahous a eu la surprise de voir que les affiches de film « Solo » ressemblaient furieusement à celles qu’il avait lui-même réalisées, trois ans plus tôt, pour le label de rééditions musicales haut de gamme, Sony – Legacy Recordings France.

 

 

En effet, la série d’affiches de film « Solo » a énormément de similitudes avec la série de pochettes de cd d’ Hachim Bahous : même composition, mêmes lettres capitales sur fond beige, etc .. Selon, Hachim Bahous, les choses sont claires :

Je suis flatté que la qualité de mon travail soit reconnue, dit-il, mais c’est quand même de la contrefaçon pure et simple.

Cela dit, il ne semble pas que l’affaire soit allée plus loin. Des discussions ont apparemment eu lieu entre Sony et Disney, dont la teneur reste inconnue. Quant à Hachim Bahous, ses protestations n’ont pas conduit, selon toute apparence, à une quelconque suite judiciaire.

Il n’en reste pas moins que la polémique a fait très mauvais effet au moment de la sortie du film « Solo ». Et cela d’autant plus que les critiques ne lui étaient guère favorables.

De sorte que pour une mise initiale de près de 300 millions de dollars, le film en a rapporté moins de 400.  Ce que la profession considère comme un flop.

 

Mimétisme et inspiration, un processus naturel

A moins qu’elle ne soit divine, l’inspiration ne vient pas « comme ça » aux artistes. Quel que soit leur domaine d’expression. D’ailleurs, il est plutôt recommandé de se plonger dans des œuvres similaires à ce que l’on veut faire, en publicité par exemple,  pour exciter son imagination et trouver l’inspiration adéquate.

 

 

A vrai dire, le mimétisme est la qualité, avec le sens commun, la plus partagée au monde. Elle consiste à observer le jardin du voisin, à y trouver que l’herbe y est plus verte, et à s’en inspirer pour faire de même. L’attitude se duplique à l’infini. Dans tous les domaines.  Voitures, maisons, loisirs, santé, etc.

 

Marketing et processus naturel

Et l’art du marketing consiste justement à savoir en tirer parti. C’est la raison pour laquelle, entre autres, la presse people est autant centrée sur les leaders d’opinion. Lesquels sont d’ailleurs souvent des ambassadeurs ou des ambassadrices des marques.

Rien d’inconvenant dans tout cela. Bien au contraire. C’est d’ailleurs grâce à ce mécanisme, comme l’a très bien décrit un anthropologue réputé comme René Girard, que l’humanité a pu évoluer comme elle l’a fait.

Par conséquent, quand la similitude sait rester dans des limites acceptables, on ne peut guère faire de reproches aux auteurs qui la produisent, si ce n’est, éventuellement, de manquer d’originalité et de qualité technique.

Pour éviter ce travers, il vaut sans doute mieux, quand c’est possible, s’adresser, notamment en publicité, à des professionnels reconnus. C’est ce que propose, en particulier, le studio des graphistes et imprimeurs d’affiches de film du site PrintBasprix.

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